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20.03.2007
une mort annoncée
Bonjour !
La télévision belge propose tous les lundis soirs une soirée thématique sur base de la projection d'un film, suivi d'un débat où des spécialistes et des témoins exposent leurs opinions. Ce lundi 26 mars, il sera question de l'euthanasie. Le film MAR ADENTRO, film d'une rare intensité et d'une humanité débordante de vie et d'amour, ouvrira le débat.
Très tôt, en début de maladie (maladie de Charcot), j'ai fait ce choix de vie.
J'ai donc été invité sur le plateau en tant que témoin POSITIF et VIVANT (particulièrement bien vivant, je vous l'assure).
Soyons clairs : je suis donc en train de mourir. Mais, vous aussi quelque part. La seule chose qui nous différencie est une certaine forme de conscience (sauf surprise, je sais de quoi et comment je vais mourir, ainsi que plus ou moins quand). Face à cette réalité, j'ai donc fait un choix, considérant l'euthanasie comme un acte de vie, surtout comme un véritable acte d'amour fondé sur le respect de mes proches et de mes amis. Effectivement, ma plus grande crainte est, si je laisse aller mon corps jusqu'à son terme final naturel, qu'à ce moment, des êtres qui me sont chers refuseraient de venir me voir dans un tel état de délabrement physique, préférant conserver de moi une image plus digne antérieure. Il y aurait donc l'un ou l'autre à qui je ne pourrais pas dire au revoir. Cette idée m'est insupportable. Ce, d'autant plus que la mort, pour moi, n'est pas la fin de la vie. Si je vous demande quel est l'opposé à la mort, vous me répondrez la vie. Si je pose cette question à un Indien, il me répondra la naissance. Naissance et mort sont deux étapes, deux passages d'un état à un autre état (les personnes qui sont parvenues au seuil de la mort, mais que l'on récupère en dernière extrémité, parlent de la même chose :un long couloir, un long tunnel, suivi d'une ouverture soudaine sur la lumière et les couleurs. N'est-ce pas là une nouvelle naissance ?).
D'autre part, dans un monde où la seule vraie révolution est celle d'oser l'humilité, face à cette bête qui me ronge, mon corps et moi-même menons un combat de tous les jours. Il arrive un moment où, en toute humilité, je dois pouvoir accepter que la bataille est perdue. Mais, quel formidable pied de nez à ce mal, en décidant du jour et de l'heure.
Et donc, aujourd'hui, sur ce chemin de l'image ci-dessus, j'ai d'autres priorités : bien me préparer et surtout préparer les autres afin qu'ils conservent un bon souvenir de ce voyage et que l'on puisse tous en ressortir grandis. Mon souhait le plus cher est que tout ce que l'on aura vécu ensemble, les aide dans le regard qu'ils porteront sur le monde.
Aujourd'hui donc, plus rien n'est banal. C'est comme si j'étais passé de la boulimie à la dégustation. Chaque instant est un véritable plaisir d'exister. Et croyez-moi, malgré ce choix, je suis un amoureux inconditionnel de la vie, ce miracle intemporel où tout demeure possible.
Mon chemin...
11:58 Publié dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Bonjour Francis,
Merci encore pour ce nouveau témoignage...
Tu te livres à nu, c'est courageux et à mon sens très utile.
Tes propos permettront sans doute de faire évoluer les nombreux comités d'éthique, les legislateurs, et peut-être aussi les gardiens actuels de notre culture judéo-chrétienne...
... ils oublient parfois l'importance du mot "Liberté", merci de leur rappeler !
Au plaisir de te lire encore ici.
A bientôt.
Ecrit par : Bruno | 20.03.2007
Cher Francis,
Votre témoignage est vraiment troublant, parler aussi facilement de la mort, sujet tellement dur et délicat à aborder pour tant de monde, notamment pour ma part!
C'est une belle leçon d'optimisme que vous donnez! Pas forcément facile à comprendre mais j'essaye...
Ce qui m'interroge est comment peut-on choisir sciemment d'abandonner ses proches? Parce que la mort (notamment l'euthanasie) est l'abandon de tous, on part seul, pour ne plus jamais revenir...
Je pense à votre interview sur F3, dans laquelle vous dites "quand j'aurais fixé la date, si un de mes enfants me demande d'attendre encore une semaine, je ne sais pas si je lui répondrai oui"...
Anabelle
Ecrit par : anabelle | 21.03.2007
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